Décès d'un champion de son époque

Jean-Claude Leclerc redaction_rimouski@tc.tc
Publié le 14 mai 2015

JEAN OUELLET. Le Rimouskois Jean Ouellet aura marqué à sa façon le sport automobile durant les années 60. Les plus nostalgiques se souviendront de lui comme un coureur automobile émérite, avant-gardiste, qui a même su se distinguer sur la scène nationale. D'autres diront qu'il avait l'étoffe pour percer au niveau international, ce qui n'est pas peu dire.

Un recul en arrière nous indique que Jean Ouellet a d'abord fait ses classes localement, lors de compétitions de slalom et de « montées de côtes », fin des années 50. Son immense talent l'aura ensuite conduit vers la course automobile, à un autre niveau, plus précisément sur les circuits de Mosport, Saint-Jovite et Mont-Tremblant, où il fut couronné « meilleur coureur automobile » en 1964 sur la scène provinciale par les chroniqueurs automobiles.

Mieux encore, toujours au cours de la même année, il se classa 1er dans la catégorie des voitures sport de production, lors du Grand Prix Canadien présenté à Mosport, au volant de sa rapide A.C. Cobra dotée d'un moteur de 289 pouces cubes, dont les limites à l'époque dépassaient largement les 100 milles à l'heure. De merveilleux moments, partagés avec son fils Wilfrid, qui a bien voulu nous relater quelques beaux moments de la carrière de son père Jean, décédé le 28 avril dernier à la Maison Marie-Élisabeth. Jean Ouellet aurait eu 86 ans le 8 juin prochain.

« Le 23 mars dernier, rappelle son fils sur un ton très émotif, le rythme cardiaque de papa était très élevé et il se sentait de plus en plus faible. Nous avons rencontré son médecin qui a rapidement jugé très précaire, son état de santé, nécessitant rapidement son hospitalisation. Après une batterie d'examens et devant l'inévitable, papa fut admis à la Maison Marie-Élisabeth, où il décéda quelques jours plus tard ».

Né au Bic, son père Wilfrid Ouellet aura marqué l'histoire de la municipalité puisqu'il ouvrit sa concession GM dès 1923 pour ensuite ouvrir un commerce spécialisé dans la pièce d'automobile quelques années plus tard. Jean Ouellet, élevé au sein des entreprises familiales, fit ses études chez les Ursulines, au Séminaire de Rimouski et aux collèges Jean-de-Bréboeuf et Loyola de Montréal. En 1949, il fait son entrée aux côtés de son père jusqu'au décès de son père en mai 1958. Jean Ouellet accéda à la présidence de Wilfrid Ouellet & fils et de Wilfrid Ouellet inc. Jusqu'en 1989, où il prit sa retraite après avoir vendu son entreprise à U.A.P. Son fils Wilfrid, le 3e membre de la génération des Ouellet, racheta l'entreprise de U.A.P. en 1992. Il est toujours le propriétaire aujourd'hui, des magasins Wilfrid Ouellet de Rimouski et de Mont-Joli.

Wilfrid parle de son père comme son mentor, comme son ami. « Papa a toujours été un passionné dans tout ce qu'il entreprenait, dit-il. Il semble même qu'il ait commencé à piloter un avion avant même d'apprendre à conduire une automobile », dira-t-il. Outre l'aviation et la course automobile, Jean Ouellet était aussi un adepte de chasse, de pêche, de golf et de radio amateur.

Sa carrière de pilote automobile a toutefois connu une fin tragique en mars 1966 aux « 12 heures de Sebring ». Son partenaire de course, Bob McLean, au volant de l'une des deux Ford GT- 40 de la compagnie Comstock Racing de Toronto, fut victime d'un bris mécanique de la voiture après avoir pris la relève de Jean Ouellet. McLean devait perdre la vie lors de cette première course de la saison de cette série d'endurance qui devait ouvrir les portes à Jean Ouellet au niveau international. « Le décès de McLean a beaucoup marqué mon père », note Wilfrid qui a aussi tenu de bons mots à l'endroit d'un autre grand coureur automobile de l'époque, un Rimouskois et ami de son père, Marius Amiot. « Papa et Marius étaient des inséparables aux courses et ils figuraient avantageusement sur la scène provinciale et nationale ».

Respecté par ses pairs, Jean Ouellet aura connu une florissante carrière dans le secteur de la pièce d'automobile. « Il fut également membre du club Rotary de Rimouski, membre de la Chambre de commerce, de l'Association de l'Armée, de l'Aviation et de la Marine et même un membre très actif de la jeunesse libérale de son époque. Le 16 juillet 1956, il épousait Josette Paradis (décédée en 2013).

Si la vie a été bonne pour lui, Jean Ouellet était préoccupé au cours des derniers mois, devant la possibilité de perdre son permis de conduire. « Papa vivait au Havre de l'Estuaire depuis le décès de maman, ayant vécu jusqu'à sa mort au chalet familial, à Saint-Marcellin ».

Jean Ouellet laisse derrière lui, de nombreux amis, avec qui il partageait de beaux souvenirs quotidiennement, de même que son fils Wilfrid et sa fille Louise. Les gens intéressés à lui rendre un dernier hommage pourront le faire le 16 mai à la Coopérative funéraire du Bas-Saint-Laurent. Une cérémonie est ensuite prévue le dimanche 17 mai au Mausolée Saint-Germain à compter de 16 h. Jean Ouellet laisse derrière lui, l'image d'un homme discret, passionné, ayant pleinement mordu dans la vie.