L’incroyable triple naufrage de 300 soldats français

Pierre Michaud pierre.michaud@tc.tc
Publié le 14 octobre 2014

@BV:L’œuvre « La Macrée » sera constituée de bois et d’acier corpen (qui prend une couleur stable lorsqu’il s’oxyde). Il évoque le navire et, au centre, l’ile Saint-Barnabé. Quant aux militaires, on a retrouvé les dépouille d’une centaine d’entre eux lors des fouilles archéologiques précédant la construction de la Salle de spectacle.

 

©<@CP> (Photo gracieuseté - Alain Ross)

Un quatuor d’artistes rimouskois travaille à reconstituer et à illustrer, par une œuvre monumentale, une des histoires les plus incroyables de l’époque de la Nouvelle-France.

Et ayant un lien étroit avec Rimouski. Le récit se déroule en 1758, alors que la forteresse de Louisbourg, sur l’île du Cap Breton, était tombée aux mains des Anglais, qui s’apprêtaient à pénétrer et à conquérir la vallée du Saint-Laurent.

« La France envoie notamment en renfort un contingent de 12 navires, dont le navire amiral « L’Aigle », qui compte 300 recrues. « L’Aigle » fait naufrage à Gros Mécatina (Basse Côte-Nord). On ne réussit qu’à sauver quelques barils de farine. À partir de ce poste de pêche, on envoie des hommes prévenir les dirigeants militaires à Québec. L’intendant Bigot envoie deux bateaux à Gros Mécatina pour récupérer les survivants, mais ceux-ci, à leur départ de la Basse Côte-Nord, entrent en collision et font également naufrage, après les avoir pris à bord. Il y a 20 victimes », raconte un des artistes concernés, Alain Ross, les autres étant Gilles Caron, Marquise Leblanc et Yvon Lavoie.

Troisième naufrage

C’est alors qu’on pense, à Gros Mécatina, à utiliser un navire commercial de l’endroit, « La Macrée », un « brick ». « La Macrée » prend la mer avec des survivants, mais, poussé par des vents au large de Pointe-au-Père,  il fait naufrage à l’anse-au-Senau, au Sud-Est de l’île-Saint-Barnabé. L’ermite Toussaint Cartier s’en rend compte et avertit les riverains pour obtenir de l’aide. Environ 150 des 300 soldats ont survécu depuis le premier naufrage. Les Rimouskois leur viennent en aide. On est en novembre, et les corps gelés des victimes sont « accotés » sur le mur de la chapelle.

L’histoire se termine bien, mais non sans quelques rebondissements (voir encadré). Le nom Macrée fait référence à  un courant maritime. Le monument (26 pieds (8 m), par 16 pieds (5 m) par 10 pieds de haut (3 m)) sera inauguré en juillet dans le havre à l’entrée du sentier du Littoral. Le projet de 50 000 $ a encore besoin de financement. On peut y contribuer par l’entremise de la Société rimouskoise du patrimoine, qui parraine le projet. TELUS et la famille Bénéteau sont des commanditaires majeurs.

 

La malédiction de « L’Aigle »

Les militaires passent l’hiver dans la quinzaine de maisons de Rimouski et dans la petite église du temps (au Sud du Musée). Le commandant Condamin et un groupe de soldats tentent au printemps de rejoindre Québec en chaloupe, mais sont repoussés deux fois par les vents. La « seigneuresse », conjointe de Pierre Lepage, affirme au commandant qu’il s’expose à la malédiction, tant que les corps des soldats noyés ne sont pas enterrés. Le commandant Condamin fait enterrer les dépouilles et tout le groupe peut enfin rejoindre Québec sans encombre.