« Nous ne voulons pas voir que ce que nous mangeons, c’est de l’animal mort »

Adeline Mantyk adeline.mantyk@tc.tc
Publié le 8 octobre 2015

Martin Gibert est d’origine française, il a vécu en Auvergne et enseigne à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

©Photo TC Media - Adeline Mantyk

PARADOXE DE LA VIANDE. L’enseignant en éthique et philosophie Martin Gibert est venu expliquer à Rimouski pourquoi la plupart des gens désirent le bien des animaux mais aiment tout autant garnir leur assiette d’un bon steak.

Au cœur des pages de son essai, Voir son steak comme un animal mort, le philosophe expose méthodiquement les enjeux des débats contemporains sur le paradoxe de la viande : « Comment se fait-il que la plupart des gens éprouvent de l’empathie pour les animaux, être vulnérables, mais qu’ils ne rechignent pas à avoir de la viande dans leurs assiettes ? », s’est-il posé la question. Tentant d’y répondre sur le plan philosophique, éthique et moral, Martin Gibert explique pourquoi il n’est pas nécessaire de manger de la viande en présentant les caractéristiques du véganisme, un mouvement moral et politique émergent qui s’oppose à l’oppression dont sont victimes les animaux exploités pour leur viande, leur lait ou leur fourrure.

Sur le plan environnemental, M. Gibert démontre que consommer un animal est toujours une forme de gaspillage : « On nourrit beaucoup moins de personnes avec un animal qu’avec des végétaux. Et 50 % de l’eau utilisée aux États-Unis sert à élever les animaux. En évitant de manger 500 g de viande, on économise autant d’eau que si on ne prenait pas de douches pendant 6 mois ! », indique l’auteur. Sur le plan de la santé, il soutient que les personnes qui ne consomment pas de viande vivent plus longtemps.

Vivre sans infliger de souffrances aux animaux

L’élevage intensif est dans la mire du philosophe, qui aime pourtant la viande et en mangeait par le passé : « Je n’aime pas particulièrement les animaux, je les aime normalement. Mais l’argument de base est simple : s’il est possible de vivre sans infliger de souffrances non nécessaires aux animaux, alors nous devrions le faire ». Il ajoute : « Personne ne conteste l’horreur des élevages et des abattoirs et personne ne croit qu’il est moralement acceptable de tuer et maltraiter un être sensible, intelligent et social comme un cochon parce que du bacon, c’est bon. Donc tout un chacun devrait être végane, sinon en faire au moins la promotion ».

Un livre dangereux

Le livre, très accessible, se lit comme un roman et il permet de s’initier à la philosophie. De l’avis de Dany Rondeau, professeure à l’Université du Québec à Rimouski à la direction du groupe de recherche en éthique ETHOS, « ce livre est dangereux, parce qu’il est difficile de s’y objecter ».