Des images fantomatiques par l’art antique de la photographie

Adeline Mantyk adeline.mantyk@tc.tc
Publié le 2 février 2015

Fiona Annis  utilise des techniques antiques dans ses œuvres spectrales et fantomatiques.

©Photo gracieuseté - Fiona Annis

CARAVANSÉRAIL. Une exposition de photographies, « Mesures célestes », par l’artiste d’origine écossaise Fiona Annis, présente des œuvres aux volutes fantasmagoriques sur les murs de Caravansérail jusqu’au 28 février.

Pour cette exposition qui raconte une aventure, un voyage, l’artiste qui enseigne à l’université Concordia l’histoire de l’art, s’est intéressée à comment l’histoire s’inscrit dans l’actuel : « Je revisite les anciennes techniques en me questionnant sur comment ces techniques s’incrustent dans l’actualité ».

À l’ère du numérique, Fiona Annis a appris un processus historique de fabrication photographique durant une résidence à New-York, utilisant le processus de collodion humide pour créer des œuvres photographiques des plus spectrales : « Avant les pellicules, on utilisait ce processus qui nécessite d’avoir une chambre noire pour le développement. Les œuvres photographiques exposées sont le résultat de mes erreurs en chambre noire, elles comportent des égratignures, des défauts. Je ne souhaitais pas maitriser la technique mais simplement m’en servir », explique l’artiste qui a utilisé un appareil photo 4 X 5 antique et une chambre noire ambulante constituée d’une tente pour la pêche sur la glace pour se rendre jusqu’en Gaspésie afin d’y réaliser des clichés. « Lorsque je suis arrivée en Gaspésie j’ai erré à travers des routes sans noms, j’ai photographié un paysage qui ressemblait pour moi à la fin du monde, un endroit mythologique, entre terre et brume ».

Le reste de l’exposition est constitué de photographies, images obscurcies de séries mettant en forme des constellations, des images plus abstraites : « Ce sont des références aux méthodes de navigation antiques, lorsque les marins devaient se situer géographiquement par rapport aux corps célestes, sans point de référence concret, se questionnant sur comment se situer dans une zone d’inconnu », exprime Fiona Annis, ravie de pouvoir exposer dans l’ancien cinéma où loge aujourd’hui le centre d’artistes.

L’exposition est en cours au Centre d’artistes Caravansérail jusqu’au 28 février. Entrée gratuite.

Le collodion humide en photographie

Ce procédé a été très utilisé à partir de la seconde moitié du 19e siècle car il permettait d'obtenir une gamme de gris particulièrement étendue : « Sur une plaque de verre ou de métal, je verse une mixture chimique tirée d’une recette datant du 19e siècle, ce qui rend la plaque sensible à la lumière, explique Fiona Annis, je place ensuite la plaque dans l’appareil photo 4 X 5, puis je prends la photo en ouvrant la lentille jusqu’à une durée d’exposition de près de 30 secondes. S’il y a du mouvement, cela provoque un genre de flou sur le cliché ».