Jef Neve: du velours, du grandiose, belle découverte

 Publié le samedi, 04 septembre 2010 00:07 - par Laurent Leblond
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L’expression n’est pas de moi. Elle m’a été lancée, en fin de concert, par une jeune collègue, ravie de ce récital. Comme l’assistance, encore une fois pas assez nombreuse pour un tel moment de grâces.

Un trio parfaitement homogène et qui gagne à être vu et connu. (Photo Laurent Leblond)

Il est vrai que ce n’est pas le retour d’un « has been », qui s’improvise chanteur de jazz, misant sur sa réputation d’hier pour s’en construire une autre aujourd’hui. Je ne nomme personne, mais c’est facile à identifier et facile à écouter. Et surtout, connu. Donc, vendable et… achetable. Y’est connu, donc y’est bon. Quelle connerie. Fallait que ça sorte.

Ce n’est pas le cas de Jef Neve, pianiste de haute tenue, qui n’est pas connu, pas assez, parce qu’émergent, mais solide musicien de formation classique et fort inventif. Auteur de pièces classiques (un important concerto, entre autres), de musiques de films (dont celle de « La merditude des choses », qu’on verra à Paraloeil, le 10 septembre) et de superbes pièces de jazz, recherchées, ce pianiste belge a le sens des tonalités, des couleurs, des rythmes.

Autant Yaron Herman a été une belle surprise, l’an dernier, autant Jef Neve l’est aussi cette année. Je ne dirai pas « Je vous l’avais dit ». Parce que pas plus de personnes auraient été dans la salle. Ce n’est pas mon problème; mais j’en suis désolé. Parce que ceux qui assistaient au récital de ce merveilleux, soutenu et lyrique musicien, ont été récompensés d’avoir fait confiance à « la relève », à ces jazzmans d’aujourd’hui, aussi solides que leurs prédécesseurs, même si moins connus.

Je ne veux pas paraître cynique ou sceptique, mais je me demande parfois si on veut découvrir du jazz, plus « évolué », si je puis dire, plus contemporain, juste et autant valorisé que les autres. Parce que cette approche du Festi Jazz de faire connaître de nouveaux talents est une réussite indiscutable, depuis quelques années. Faut innover. Dans ce sens-là, j’appuie à 100% la démarche de Luc Lavoie, qui ne manque pas de donner de superbes occasions de connaître des vedettes jazz d’aujourd’hui, sensibles, même incontournables, déjà, maintenant.

D’autant plus que Neve a deux complices d’une qualité indiscutable, aussi solide que la sienne.

J’ai vu et admiré des contrebassistes dans ma vie, mais Ruben Samama dépasse beaucoup de bornes. Dans le sens éclatant du terme. En temps normal, je ne suis pas fou des instruments « plogués », avec des « wawa » survoltés et agaçants, en fin de compte. Mal calculés, donc. Mais, Samama se sert de la réverbération avec une acuité élégante, tout en livrant de solos enlevants, jouissifs même, alors qu’il s’amuse comme un petit fou et qu’il rejoint le pianiste dans tous ses éclats, avec le respect qui s’impose. Les compositions de Neve et les arrangements pour le combo sont éclairés par une luminosité musicale vivifiante, vibrante, tout en étant précis, au bon moment. La complicité et l’ardeur de chacun a procuré des moments de grâces incontournables, inoubliables.

Neve, déjà inspiré,est  volubile au piano, peut-être un tantinet répétitif, mais avec une ardeur qui ponctue chacun de ses solos avec une constance évidente. Sa formation classique le rejoint en cela et plusieurs de ses thèmes frisent les airs de Bach, la manière de Jean-Sébastien, sans pour autant relever du copiste. Absolument pas. Il y a de la verdeur dans cette ponctuation musicale, appuyée par cette magnifique spontanéité et cet évident plaisir du contrebassiste, tout aussi évolutif et communicatif. Et inventif en diable.

Il y a aussi le batteur Teun Verbruggen, subtil, aussi très inventif, attentif, « rude » quand il le faut, soucieux de la rythmique juste et éclairante en d’autres occasions, appuyant juste et bien les solos de ses compagnons, soucieux de la justesse de ses impros, parfois étonnantes, surtout variées. Même certains de ses silences ou de ses incisions aux cymbales demeurent éloquentes; et pas à peu près.

Je suis sorti de la salle, transporté et, comme après le récital de Yaron Herman, l’an dernier, je me suis retiré chez moi, rempli et heureux de ces sonorités recherchées, éclatantes, innovantes, et, surtout, marquantes. À plus d’un titre. C’est pourquoi, les « J’aurais donc dû y aller » d’après coups me font toujours suer. Stop. Ne brisons pas le charme. Mieux vaut savourer son plaisir qu’on s’est donné, qu'on nous a donné..

Le quartette d'Amanda Tosoff a répondu à l'appel. Point. (Photo Laurent Leblond)

En première partie, l’Amanda Tosoff Quartette n’a pas profité d’une sonorisation impeccable. Le gagnant du prix GM du FIJM, dirigé par la pianiste vancouveroise, a été intéressant, même si le batteur a été un peu trop présent, pas très subtil. Le saxo m’est apparu par contre solide et inventif, la contrebassiste étant, selon moi, la meilleure des quatre, alors que la pianiste m’a semblé très réservée, dans des compositions, élégantes, tracées, sans pour autant casser la baraque. C’est un combo jeune. Il a encore du temps devant lui.   

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