L’idée de jumeler la pianiste québécoise Lorraine Desmarais et le pianiste français (d’origine allemande) Jacky Terrasson est une belle trouvaille, géniale même, Stanley Péan, le président d’honneur du Festi Jazz, la qualifiant de « moment unique ».

Il a tout à fait raison. Et malgré une assistance décevante pour un tel show, la dynamique et la complicité des deux musiciens ont été enlevantes, parfois presque irréelles, tant c’était direct et éclatant. Et ils ne s’étaient rencontrés que dans l’après-midi du samedi, puisque Terrasson, bloqué à New York en raison de l’ouragan Earl, n’a pu arriver que ce samedi, au lieu de vendredi, des bénévoles du festival allant le quérir à Québec, où il a dormi, vendredi.
Au tout début, Lorraine Desmarais, amoureuse de Rimouski, a joué « Ballade pour Riki », qu’elle a écrite à l’honneur de cette ville qu’elle adore depuis longtemps. La marraine du Festi Jazz n’a pas manqué de placer quelques bonnes impressions à l’illustration musicale de ce qu’elle pense de.la ville, la nôtre. Avec beaucoup d’émotion pianistique.
Jacky Terrasson, détendu, est ensuite arrivé sur scène, aux applaudissements de la salle, pour lancer le bal avec un méconnaissable « Summertime » de Gershwin, respecté dans son écriture primaire, mais arrangé à la façon Terrasson, dont la notoriété jazzique est de créer une nouvelle mouture avec un standard , parfois assez changé merci. Lorraine Desmarais a brillamment répondu à l’appel, et la chimie musicale, évidente, a trouvé preneurs. Rapidement et sûrement. Pour toute la soirée.

« Someday, my prince will come » a suivi, toujours apporté avec une fraîcheur et une spontanéité, mesurable aux regards furtifs que les deux musiciens se jetaient, pour l’accord disposé en entente préalable, ou en inspiration du moment. Je ne saurais dire. Mais, c'était jazz. Puis, j’ai cru reconnaître un Charlie Parker (à la réflexion, c'était un Monk), le duo proposant ensuite une composition de Terrasson, «Baby Blum ».
Il y avait de l’émotion dans l’air, dans la salle et sur la scène. Chacune des pièces a été livrée avec beaucoup d’intensité, en toute simplicité, honnêtement, sans se voler la vedette, mais en toute confiance l’un pour l’autre. Deux musiciens accomplis, qui ont répondu aux attentes, visiblement assumées par l’assistance. Qui n’a pas ménagé ses applaudissements.
À un moment, Lorraine Desmarais s’est accoudée au piano pour écouter son complice, alors, qu’à une autre occasion, c’est le pianiste invité qui appuyait la marraine du Festi Jazz, avec un accord boogie prononcé aux notes basses. Parce que les changements de rythmes ou des couleurs tonales ont été nombreux, du swing au boogie, en passant par le scat instrumental, si vous me passez l’expression.
Avec l’hommage à Gershwin, et son amorce de « Rhapsody in Blue », le duo a livré un « I’ve got rhythm » endiablé, imprenable, avec beaucoup d’intensité, alors que l’épisode Stevie Wonder a révélé la « dextérité » de Terrasson, un pianiste virtuose en tous temps, apportant une version très « terrasonnienne » de « You are the sunshine of my life » (où j'ai cru reconnaître des accords de « Smoke qets in your eyes »), pour rappeler ensuite « Love for sale ». Toujours dans la même tenue. Solide. Parfaitement cohérente. Pour terminer ce superbe récital par « Caravan », magnifiquement enlevé par Desmarais, avec un appui « percussionniste » de Terrasson. Autre réussite.

Au premier rappel, « C’est si bon », proposé tantôt dans un swing délirant, tantôt en ballade significative, pour un jeu marquant du duo, solide comme le roc, homogène comme jamais.
Il y avait des solos impulsifs, des couleurs vives, des tons éclatants, des rythmes inoubliables dans ce récital, qui, en ce qui me concerne, sera un excellent souvenir de ce 25e Festi Jazz, qui, en salle, a répondu en grande partie à l’appel de ses objectifs, basés sur la découverte et du jazz neuf, mais vrai.
D’autant plus que le duo a souhaité un bon anniversaire au festival, en jouant, au second rappel, « Mon cher Festi Jazz, c’est à ton tour », sur la célèbre mélodie de Vigneault, menée par Lorraine Desmarais et joliment soutenue par Terrasson, comme s’il l’avait toujours connue.
Quel show! Quels musiciens!




















