Quand je vous disais, dans une précédente chronique, que tout le monde pouvait un jour ou l’autre joindre la famille des gens qui peuvent dire qu’ils soignent un cancer, les gens d’une certaine génération, ou même de deux générations, qui ont connu Sœur Angèle, avec ses recettes de petits plats et sa gaité perpétuelle, ont été frappés d’apprendre vendredi que cette bombe d’énergie et de positivisme était elle aussi, membre de la famille.
Cette maladie, peu importe sa forme, ne regarde pas l’âge, la profession, le sexe, de ses victimes. Elle passe et, par hasard, choisit. Incroyable, mais vrai. C’est comme ça que ça se passe. Il y a, selon les témoignages que je reçois depuis que je suis membre de cette famille, peu de cas où on peut dire que c’est héréditaire, même si on n’ose pas le prétendre ouvertement.
Dans ma famille, selon les apparences, il n’y a pas de cas. Mon père est cardiaque, moi aussi, mais pas de la même manière. Lui, il peut prétendre possiblement à un lien familial. Il n’est pas le premier. Dans mon cas, c’est une malformation congénitale. Un défaut de fabrication. On ne peut me retourner à la compagnie. Surtout que la garantie était expirée. Il n’y a pas de garantie qui dure 50 ans.Mais revenons à Sœur Angèle. Elle garde le moral, disait-on en fin de semaine, elle qui sera hospitalisée mercredi pour une opération liée à la découverte d’un cancer du colon, qui lui a été annoncé jeudi et rendu public vendredi par QMI. Fortement connue au delà du milieu médiatique qui ne lui a jamais ménagé ses attentions des décennies, elle a soulevé un nuage de sympathies de partout, y compris son Italie natale. À 74 ans, c’est toute une nouvelle à recevoir, à assimiler, d’autant plus que les questions se multiplient.
« C'était inattendu, On pense toujours que c'est pour les autres, mais, cette fois-ci, c'était pour moi. Quand j'ai reçu le diagnostic, j'ai compris les gens qui reçoivent une nouvelle semblable. C'est comme si on recevait un pot sur la tête. On se demande si le médecin s'adresse bien à nous. Le mot 'cancer', c'est un drôle de mot qu'on devrait changer. »
C’est ce que cette dame disait à l’animateur Sylvain Charron, dimanche, sur les ondes de TVA. J’ai rapidement réalisé que cette réaction est celle d’une majorité de gens à qui on annonce telle nouvelle. De l’incrédulité qui doit obligatoirement faire place à l’acceptation, à un moment ou un autre. En espérant que l’entourage, tant médical que familial, que de son travail et même (surtout ?) de ses amis, saura l’aider à accepter et à vivre cette nouvelle, que j’oserais appeler ‘cette épreuve’.
Sœur Angèle entre à l'hôpital aussi avec sa série de questions, étant déjà très au fait qu’une telle opération peut révéler des choses insoupçonnées qui devront aussi être prises en charge, le cas échéant, par le corps médical. Elle en faisait référence, dans son entrevue, à cette possibilité que son corps, une fois ouvert, soit une boîte à surprise.
Pour le peu qui nous est révélé, Sœur Angèle pourrait s’en sortir, si l’intervention ne révèle rien de majeur, au surplus de ce que la médecine peut lui confirmer au moment de son hospitalisation. On ne peut que lui souhaiter que les choses aillent bien, jeudi, et dans la suite des choses.
Cela nous ramène au fait que les cancers prennent toutes les formes. Dans son cas, comme dans bien d’autres, on peut passer par une intervention, où le scalpel et la dextérité des spécialistes – lire des chirurgiens – suffiront à passer au travers. Dans d’autres cas, il faudra passer par des soins plus spécialisés qui durent des semaines, des mois. Dans d’autres, l’intervention n’est pas nécessaire, mais la chimiothérapie est obligatoire, pendant des mois.
C’est toujours une victoire de la médecine, quand un patient atteint d’un cancer, passe à la rémission, et enfin, reçoit la confirmation de la guérison. À partir de ce jour, le patient reprend pleinement sa vie en mains, et voudra faire en sorte qu’elle dure, le temps d’une éternité, dont il ne veut pas connaître la durée et surtout, ne pas en voir la fin, aussi loin que l’amène l’horizon.
Dans d’autres, et c’est mon cas, il est certain que les soins en chimiothérapie ont amené le contrôle de ma forme de leucémie. Mais chronique, elle reviendra. Quand ? Je ne sais pas. Mes médecins non plus. Mais eux savent, comme je sais, que ça va revenir. Mais la rémission se prolonge. C’est ça, la bonne nouvelle. Mon contrôle du 25 novembre a été positif, à savoir que le système continue de bien réagir.
De telle sorte que les contrôles, aux trois mois, sont passés à une période de cinq mois, et maintenant, le docteur oncologue espère ne pas me voir avant mai. Souhaitons qu’il ait raison. Car quelque chose me dit que plus tu passes de temps en rémission temporaire, moins il reste de temps avant que le mal réapparaisse.
Le pire est aussi le fait que cette forme de leucémie ‘peut provoquer d’autres cancers’. C’est ce que disent les livres de médecine. C’est ce que confirme le docteur oncologue.
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Et c’est ce qui m’a fait une peur bleue, le 23 décembre dernier. Une douleur dans le bas ventre, de gauche à droite hauteur du nombril ou aux environs, que je repoussais comme un problème de digestion depuis quelques jours, s’est installée en permanence dans l’après midi, doublée de crampes (pour ne pas dire des contractions) aux
trois minutes environ à compter de l’heure du souper.Moi qui me considère comme un douillet, avec un seuil de douleur quasi inexistant, j’ai accepté ça jusqu’à environ 02 heures samedi matin alors que je demandais à mon épouse de me conduire à l’hôpital. Les choses ont empiré de façon telle que le personnel infirmier n’a pas tardé à intervenir, tout comme le médecin de garde. On commande l’hospitalisation et je vous épargne ce qui m’a été fait comme soins, branchements et autres. Le tacot a permis de découvrir des choses, dont une hernie à l’aine, un petit kyste à un rein et des pierres à la vésicule biliaire. Pourquoi pas. Un chausson avec ça ? Mais la source du mal qui est autre, a été contrôlée, intraveineuse aidant.
J’ai obtenu, en insistant, qu’on me donne congé de l’hôpital le jour de Noël, vers 11 heures, environ 33 heures après mon arrivée. Aujourd’hui, je me sens bien, ce que j’ai vécu n’a rien à voir avec ma leucémie chronique, du moins, on le pense, et après quelques jours en diète liquide et/ou molle, j’ai pu reprendre graduellement, les menus des fêtes au travers desquels je suis passé indemne. Je devrai rencontrer un chirurgien dans les prochains jours pour voir s’il y a assez de pierres pour ouvrir une carrière. Pour le reste, je touche du bois.
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Tout ça pour vous dire qu’au travers de tout ça, il arrive aussi du bon. D’abord, au
travers toutes les nouvelles qui nous présentent les milieux médicaux et/ou hospitaliers comme les catastrophes du siècle, je suis heureux de constater de visu combien il y a de l’humanisme, du professionnalisme, de l’oubli de soi, chez les médecins, infirmiers(ères), les auxiliaires, qui ont à nous retourner aux moments les meilleurs.Les deux médecins – de garde à l’urgence et de garde à l’étage – ont été simples, rassurants, calmes. J’ai eu cadeau de Noël au fait de rencontrer une ange gardien. Tellement humaine, simple dans l’approche, elle a su m’arracher sans même le demander, la promesse de faire des pas, comme le tour du Colisée, quand je vais aux pratiques et aux matchs de l’Océanic, une fois, deux fois, trois fois. Ange gardien qui a assuré le suivi, en s’assurant, une semaine plus tard, que les choses allaient bien.
Quand je vous disais, plus haut, que l’entourage compte pour beaucoup, dans les moments de crise de santé, c’est ça. Notamment.
Ce qui me ramène à dire que la confiance doit nourrir les personnes à qui une telle nouvelle est annoncée, et être l’outil principal de l’entourage immédiat des personnes qui souffrent de telles nouvelles. L’optimisme et surtout croire qu’il y a mieux après l’annonce et les soins : voilà les outils essentiels à jumeler à la médecine.
Voilà qui peut permettre de croire à demain.
Bonne chance, Sœur Angèle. Bonne chance à tous les membres de la grande famille du cancer. Certainement que 2012 permettra de voir que la recherche produira sa part de résultats positifs. Ce n’est jamais assez vite. J’en conviens. Mais la médecine évolue. C’est certain. Alors…
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La réflexion de la semaine :
Un jour, Napoléon Bonaparte a dit : « Le doute est l’ennemi des grandes entreprises. » Je veux bien, surtout si on sait que la plus grande entreprise que nous avons à gérer, est notre vie. De sorte que, indubitablement, surtout chez les gens atteints du cancer, « le doute est l’ennemi de la grande entreprise qu’est notre vie. »
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