J’étais en quête, ce soir-là, d’une bonne émission de télévision, un peu las du hockey, des histoires de vol, d’escroquerie, d’horreurs, et du débat sur l’avortement qui montre jusqu’où peut aller l’intransigeance d’un côté comme de l’autre.
En jouant, sans trop de conviction, avec le sélecteur, je suis tombé sur une rediffusion de « L’homme qui plantait des arbres », un court métrage sur l’histoire d’Elzéar Bouffier que raconte avec des mots tout simples Jean Giono, un texte admirablement rendu par Philippe Noiret, finement illustré par la palette de Frédéric Back, un film qui leur valut de nombreux prixAprès la mort de sa femme et de sa fille, Elzéar, désirant occuper son temps de façon utile à ses concitoyens, se mit à planter des chênes avec des glands qu’il possédait déjà, puis continua d’en planter dans son coin de pays que les coupes avaient dénudé. Il mit en terre d’autres espèces comme des hêtres, des frênes et d’autres espèces de bois nobles.
La forêt reprit forme, la terre, devenue aride, se mit à retenir l’attention des autorités régionales et nationales qui se retrouvèrent un jour sur les lieux et se mirent à faire l’éloge de la nature qui avait pourvu à la régénération de la forêt. Elzéar ne se donnait même pas la peine de les écouter et de leur expliquer l’œuvre qu’il avait entreprise. Si bien que les gens qui avaient déserté cette terre peu productive revinrent s’y installer. Des jeunes y élevèrent des familles sans trop savoir pourquoi la forêt avait repris ses droits.
Elzéar continuait de semer les glands en terre, fier de son œuvre, sans chercher à s’en faire reconnaître le crédit ou à en tirer une certaine gloire. Il mourut à l’hospice de son village en 1947, à l’âge de 85 ans. Il s’éteignit sans doute dans le plus complet anonymat – on peut le supposer, bien que Giono ne le dise pas.
J’aime bien le mot hospice qu’on a longtemps utilisé chez nous et qu’on a remplacé par des termes comme foyer d’accueil ou foyer d’hébergement où là aussi finissent leurs jours des hommes et des femmes dont la mémoire collective ne gardera pour la plupart qu’un très vague souvenir.
Nous avons eu nous aussi un sursaut devant l’urgence de planter une forêt nouvelle, peut-être un peu tard toutefois pour éviter le départ de milliers de gens vers des cieux plus hospitaliers. Le retour à la terre nous paraît impensable en ce siècle d’urbanisation croissante.
Un octogénaire plantait, dit La Fontaine. Cela donne à penser qu’il n’est jamais trop tard pour s’assurer d’un avenir vert.
Ce soir-là, je n’ai rien découvert de plus intéressant que cette histoire de Giono et les dessins de Back.





















