Ni le jour ni l’heure

 Publié le mardi, 14 septembre 2010 15:04 - par Gilles Gagné
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La mort de Claude Béchard a suscité, comme il se doit, une vive émotion et des réactions multiples. Quarante et un ans, c’est trop jeune pour mourir. Le chagrin nous amène souvent à des réflexions qui supposent de nombreuses questions.

Y a-t-il un âge pour mourir ? Comment répondre ? On peut mourir à un jour comme à cent ans. La vie se charge, dans cet intervalle, de distribuer la mort au gré de la maladie, des épidémies, des catastrophes naturelles, de la famine. Un petit Africain de 4 ou 5 ans qui meurt de faim est trop jeune lui aussi. Comme des milliers d’autres, d’ailleurs. Une jeune fille de 16 ans qui meurt dans un accident de la route aurait elle aussi profité d’une vie plus longue. On ne dispose pas de sa vie comme on l’entend.

En même temps que décédait le député de Kamouraska-Témiscouata, une commission itinérante entreprenait de consulter le Québec sur une question qui préoccupe de plus en plus de gens : mourir dans la dignité.

Qu’est-ce que mourir dans la dignité ? Vivre ses derniers moments dans un hôpital ou chez soi, avec tous les secours de la médecine, de la sédation palliative, entouré des siens, finir sans douleurs sous l’effet des médicaments de derniers recours ? Et comment aborder l’assistance au suicide et à l’euthanasie ? Les médecins ne s’entendent pas sur ces questions angoissantes. Les législateurs non plus.

Il n’y a rien de plus désespérant que de mourir en isolement dans une petite communauté, d’être trouvé sans vie 4 ou 5 jours après son décès, sans avoir eu le moindre petit mot de compassion. Comme ces 2 hommes, dont celui qui meurt en premier prenait soin de son frère trisomique. Ce dernier, privé des soins dont il avait absolument besoin et que seul son frère pouvait lui prodiguer, l'a suivi dans la mort quelques jours après. Deux morts banales comme des centaines d’autres d’une tristesse infinie. Mais la mort s’est rachetée en quelque sorte, car ces 2 hommes ont eu des funérailles décentes dans une cérémonie accompagnée de la musique d’un quatuor professionnel.

Dans des civilisations anciennes, on préserve un rituel funéraire chargé de sens qui peut nous sembler sans signification, nous qui avons abandonné ou presque notre façon de célébrer la mort : quelques condoléances, une pincée de cendre, une urne, quelques souvenirs, simplement un passage obligé, puis une visite au cimetière de temps à autre pour un moment de recueillement et notre rite funéraire s’arrête là. Nous aurions intérêt à revoir toute notre attitude face à la mort.

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