Feu la cenne !

 Publié le jeudi, 17 juin 2010 06:45 - par Gilles Gagné
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La pièce de monnaie d’un cent est donc en voie de disparition. On en parle depuis longtemps sans donner suite à cette intention, mais il semble que cette fois ça va devenir vrai. La cenne, cette pièce de notre système monétaire, a pris effet en 1907 et donc on a appris à l’aimer.

 Elle fait partie tant du patrimoine que du folklore. Mais voilà, elle coûte 1,5 cent à produire. Le ministre des Finances et l’Hôtel de la monnaie auront le dernier mot.

 Chez nous, on l’a vite féminisé et le cent est devenu la cenne, ce qui est la véritable prononciation du mot. On y a accolé l’adjectif noir. Elle n’est pourtant pas noire, elle le devient à l’usage après des milliers de manipulations, mais en fait, à la sortie des presses elle brille comme un sou neuf, un mot qu’on utilise souvent au lieu de cenne.

 Je n’ai plus une cenne, ça ne vaut pas une cenne, il a dilapidé jusqu'à la dernière cenne, il n’a plus une cenne qui l’adore, voilà quelques-unes des expressions qui ont cours chez nous. On disait aussi que pour faire des piastres ça prend des cennes. Est-ce pour ça qu’on se penche encore pour ramasser une cenne sur le trottoir ou sur le pavé ? Certains en sont restés courbés pour la vie et ne sont pas devenus riches pour autant.

 Autrefois, il y a longtemps, on pouvait s’acheter des sucreries avec une cenne. Il nous arrivait parfois d’en sacrifier quelques-unes et de nous priver de quelques « Lune de miel » pour nous livrer à un jeu banal en soi qui nous occasionnait malgré tout un plaisir interdit. Nous placions des cennes sur la voie ferrée pour que le train les aplatisse. Nous agissions discrètement, hors de vue de quiconque. Nous avions surtout une peur bleue du chef de gare et du chef de train. Nous attendions toujours un bout de temps après le passage du train avant de récupérer nos cennes ainsi sacrifiées. Dans notre imagination, nous avions l’impression que le train allait dérailler. Le train n’a jamais déraillé, certaines de nos cennes étaient encore utilisables malgré tout après le passage du convoi.

 Plus tard, comme bien des gens, nous nous sommes mis à entasser des cennes dans des contenants de toutes espèces, vases en verre ou en plastique et des vieux pots de tabac. C’est fou ce qu’on pouvait amasser en une année par exemple. Ça se pratique encore de nos jours, nous aurons toujours la possibilité de les convertir en espèces de plus grande valeur. D'autres s’en délesteront à la quête du dimanche. De l’argent, c’est de l’argent. Il y a tant de toitures d’églises à réparer !

 J’ai rencontré des collectionneurs qui ont des pièces valant une petite fortune de par leur ancienneté ou à cause d’un petit défaut dans la fabrication. Il fallait avoir l’œil et la connaissance.

 Il nous faudrait quand même en conserver quelques-unes comme souvenir, ne serait-ce que par nostalgie. Il en restera toujours quelques-unes dans le fond d’un tiroir ou dans les recoins d’un vieux portefeuille. Les pièces de 5 cents sont aussi promises au même sort. On dira alors, comme pour la cenne, que ça ne vaut pas 5 cennes. À la fin du compte, on ne sait pas si c’est le consommateur ou le commerçant qui profitera de la disparition de ces pièces.

 Au fait, vous n’auriez pas quelques cennes à me prêter pour la fin de semaine ?

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