« Cheval de guerre » : c"est Spielberg, l'authentique

 Publié le samedi, 21 janvier 2012 14:54 - par Laurent Leblond
Commentez
Spielberg a des idées et des convictions très nettes sur la guerre, le monde et l’homme.

Jeremy Irvine et Emily Watson jouent fort bien le fils Albert et sa mère. (Photo, courtoisie Walt Disney Pictures)

Son « Soldat Ryan » comme « La liste de Schindler », ont entre autres démontré la stupiditél’inutilité,  de la guerre, comme décrit les actes d’héroïsme qu’elle provoque ou les atrocités qu’elle engendre.

Jusqu’à présent, c’était l’homme, l’animal à deux pattes, présumément intelligent, qu’il a décrit en de telles occasions. Cette fois, c’est un cheval, animal à quatre pattes, pas aussi bête qu’on ne le croit, qui est la vedette, entouré des hommes, pas plus décrottés qu’à l’habitude. Je caricature. À peine.

Malgré sa longueur un peu indue et, forcément quelques séquences inutiles ou forcées, ce film est un pur enchantement, visuel d’abord, dramatique ensuite.

Les scènes de combat sont souvent spectaculaires. (Photo, courtoisie Walt Disney Pictures)
On le sait tous, Spielberg est un cinéaste très constant dans ses idées techniques, ses prises de vues souvent surprenantes, mais en contrastes tout aussi souvent éloquents. Pour cela, il travaille avec la même équipe depuis un sacré bout, de Kathleen Kennedy et Frank Marshall, à la production, à Janusz Kaminski, à la direction photo, et à Michael Kahn, au montage. Sans oublier John Williams à la musique.

Tout ce beau monde a l’habitude de travailler ensemble et se connaît très bien. Et ça paraît de production en production.

Cette fois-ci, les prises de vues sont d’une clarté incontournable, par les angles et certaines discrétions (le peloton d’exécution ou la razzia allemande, entre autres). J’en prends pour exemples la sortie de la cavalerie britannique avant cette attaque surprise, dans des champs de blé d’un jaune éclatant d’où émergent chevaux et cavaliers, ou la longue séquence de la fin, aux retrouvailles d’Albert, de Joey, le cheval, et des parents d’Albert, devant ce soleil couchant très révélateur. Inoubliables.

Joey est un cheval fougueux et solide. (Photo, courtoisie Walt Disney Pictures)
Et plusieurs scènes de ce « Cheval de guerre » sont des morceaux de choix, surtout celles des combats et des tranchées, ramenant l’héroïque bataille de la Somme, les Canadiens ont fait leur nom, et la juste description d’horreur et d’héroïsme. Autant que les séquences de vie quotidienne sont réalistes, d’une couleur « d’époque ».

Si le segment du labour, avec Joey et Albert, a peut-être subi un peu trop de longueurs répétitives, donc inutiles, il n’en reste pas moins que cette preuve de caractère (prévisible, tout de même) a été dans sa forme louable et logique (dont cette pluie dévastatrice qui a justement multiplié ce courage),

Spielberg a joué aussi la note patriotique, sans toutefois tomber dans le « bushisme » ou l’« harperisme », mais tout en décrivant des choix pas toujours faciles en cette guerre, dont l’horreur n’annonce rien de bon pour la suite… On en sait quelque chose!                  

Sans rire, il faut aussi noter que le cheval Joey, et tous ses collègues, s’en sortent bien, le cheval vedette apportant une note dramatique et une précision du jeu qu’on ne peut nier. Il y a sûrement beaucoup de dresseurs là dessous. Et comme on connaît le souci du détail de Spielberg, ce n’est pas peu dire.

La séqunce d'Émily et de son grand-père est charmante. (Photo, courtoisie Walt Disney Pictures)
Les comédiens sont à la hauteur du drame et de la direction du réalisateur, de Jeremy Irvine (Albert) à Patrick Kennedy, en passant par Tom Hiddleston, et surtout Emily Watson, qui joue une mère de premier plan, à la mesure de « Breaking the waves » de Lars Von Triar, où elle était absolument magnifique.  

Si Albert adore son cheval Joey, magnifique bête qu'il entraîne au travail, et qu’il retrouvera en des circonstances plutôt surprenantes (mais on devine que « le gars des vues était là »), Joey vit des épreuves difficiles, avec des soldats allemands, un fermier français et de sa petite-fille (séquences les plus tendres du film), sans oublier les batailles dans les tranchées.

Justement, dans ces tranchées, Joey s’empêtre dans les barbelés et est sauvé par deux « frères ennemis », un Anglais et un Allemand, au cours d’une courte trêve. On constate que, comme aujourd’hui, il est parfois plus important de sauver une bête que des hommes (la séquence du choix du médecin à la fin du film est aussi éloquente sur la question). Je ne sais si Spielberg  a voulu lancer un message. Mais, il y en a sûrement un.

Et, en ce qui me concerne, cette brève trêve n’est pas sans me rappeler un autre film, « Joyeux Noël » du français Christian Carion, qui traite d’une véritable et longue trêve en tranchées, entre Allemands, Français et Britanniques, au cours de la Grande Guerre. Situation d’ailleurs sévèrement traitée par les armées de l,époque, en cause à ce moment-là… L’Homme demeurera toujours Homme.

Le scénario de Lee Hall (« Billy Elliott », « Toast ») et de Richard Curtis (« Love Actually », « Bean », « Notting Hill », « Bridget Jones’s Diary »), basé sur le livre de Michael Morpurgo, demeure solide. Et j’ajoute que John Williams a, comme toujours, monté une trame musicale de belle tenue, amusante aux moments « détendus ».
Commentez
 

Ajouter un commentaire

Si vous désirez que votre commentaire s’inscrive automatiquement à la suite de cet article sans être évalué par un modérateur, prenez soin de vous inscrire officiellement sur le site de L’Avantage. Cliquez ici. *N'oubliez pas d'ouvrir votre session avant d'écrire votre commentaire (voir ci-haut).


Code de sécurité
Rafraîchir



© Les publications L’Avantage Tous droits réservés.
Conception, programmation, hébergement, Les publications L’Avantage
183, Saint-Germain Ouest, Rimouski (Québec) G5L 4B8
Tél. : 1 877 722-0205