« La dame de fer »: Meryl Streep, magnifique, le film, moins

 Publié le dimanche, 29 janvier 2012 14:36 - par Laurent Leblond
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À la première apparition de Meryl Streep dans cette « Dame de fer », le choc et la conquête sont parfaites. Elle EST Margaret Thatcher. Vieillissante, défraîchie, mais encore solide et surtout en conscience un peu trouble de son vécu.

Meryl Streep propose Margaret Thatcher avec brio. (Photo, courtoisie Alliance Vivafilm)

Parce que le film de Phyllida Lloyd (« Mamma Mia », « Gloriana »), s’il met en une valeur indiscutable une actrice de première ligne, appuyée au max par les maquilleurs et les prothésistes, n’est pas toujours convaincant.

C’est plutôt un ramassis de souvenirs épars, de flashes back parfois mal insérés, sans toujours poser la référence qu’il faut, alors que son époque en est une des plus troubles de l’histoire britannique. Son effervescence a d’ailleurs construit la réputation de Margaret Tatcher, une première ministre qui ne cède pas, au nom de la patrie, comme son ami de toujours, le président Ronald Reagan, pas nécessairement de gauche.

Tout en décrivant la difficulté pour une femme, encore plus à l’époque, d’être un chef d’État, dans un monde d’hommes (ce qui est toujours), où l’apparence est plus forte que le caractère (la séquence du briefing avec les « faiseurs d’images » est assez bien réussie), « La dame de fer » met en parallèle les moments forts de cette vie politique de Margaret Thatcher, qui a, manifestement, bien vécu son rôle d’épouse, moins de mère et un passage plutôt sec parmi les politiciens qui l’ont entourée.

Pour ma part, j’ai eu parfois un certain malaise en visionnant cette production, où, sûrement sans le vouloir, on a fait un subtil (?) parallèle avec le mandat de Nixon et de l’impeachment (surtout la séquence du départ du 10 Downing Street), un président américain pas très mémorable.

Parce que Margaret Thatcher (hormis l’ouverture de Nixon à la Chine, comme comparaison) a été une forte femme, de pouvoir, de convictions et d'audace, pour mener le Royaume Uni à un juste développement (malgré l’IRA, entre autres), sans nécessairement faire l'unanimité, avec l'inébranlable volonté de changer les choses, et sans espionner personne.

La comédienne Meryl Streep livre avec transcendance chacune des situations de son personnage. (Photo, courtoisie Alliance Vivafilm)
Ce constat évalué, il n’en reste pas moins que cette production repose entièrement sur Meryl Streep, qui porte bien le « fardeau » (elle n'est pas en nomination aux Oscars pour rien) avec une magnifique élégance et une superbe conviction.

Malheureusement, « La dame de fer » n’a pas la même fougue, parce que, de fait, cette alternance entre les visions d’hier et d’aujourd’hui, entrecoupées des apparitions (mentales ou pas) du mari Thatcher (Jim Broadbent appuie bien Streep) et de la vie familiale (récupérations parfois justes des films d’époque). La réalisation est, avouons-le, malhabile, souvent forcée, parfois outrageante.

L’ère Thatcher n’a pas été la plus tranquille et reposante de la vie politique britannique. Il est vrai que la politique mondiale ne l’était pas non plus. Mais, de là à placer des insertions justement mondiales dans le décor (la fête pour la fin de la guerre froide, entre autres), sans trop qu’on sache pourquoi, si brèves qu’elles soient, ne font qu’embrouiller les choses, d’autant que la vision de base est déjà assez floue…

Voici une photo officielle de Margaret Thatcher. Avouez que la ressemblance est assez réussie. (Photo tirée du web)
Film à voir. Pour le jeu irréprochable de Meryl Streep. Je suis la tendance? Non. Cette comédienne a un sens aigu des situations (la scène de la rebuffade à son chancelier est typique sous ce point de vue), alors que ces longs gros plans, silencieux, mais révélateurs, la dévoilent dans son grand art
d’actrice accomplie.

À un point tel que les autres comédiens jouent bien, mais sont carrément cachés, si je puis dire, par sa prestation (sauf peut-être pour Broadbent).

Le scénario d’Abi Morgan (« Shame ». « Sex Traffic ») n’a sûrement pas aidé la production avec cette
façon de revenir en arrière de manière si lourde, alors que les prises de vues d’Elliott Davis (« Twilight ». « I am Sam ») demeurent justes, d’époques, sans trop d’éclat, parfois d’un bel intimisme, et que la musique de Thomas Newman (" Wall-E ") respecte les lieux et les hits de l’époque (la référence à « The King and I » est intéressante).
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