Le Fleuve St-Laurent, « notre mer »

Publié le 31 août 2016
Le Fleuve Saint-Laurent
Photo TC Media - Archives

SOUVENIRS. Aimé Charest, officier-radio de la Marine marchande pendant 26 ans à bord de différents navires de la Marine Marchande, livre son regard sur le Fleuve qu’il connaît bien.

J’ai souvent vu le Fleuve St-Laurent dans toute sa beauté : en été, en hiver, de ses rives et en le remontant ou le descendant en bateau. J’ai eu la chance de vivre mon enfance au bord de la mer, notre mer, ce à quoi il ressemble tellement il est grand. Je l’ai aussi bien connu de près : pendant une bonne partie de ma vie j’ai été marin au long cours et quel plaisir j’éprouvais, au retour d’un voyage outremer, à admirer ses côtes si variées et changeantes dans ses couleurs et paysages, d’Anticosti-la-Belle à Montréal

J’ai mangé de ses poissons : la morue, l’éperlan, ses moules et ses crevettes. J’ai goûté de ses embruns que les mauvais vents du nord-est emmènent en octobre, j’ai bu de son eau lorsque jeune j’apprenais à nager. Je l’ai même traversé sur une goélette vers Les Escoumins alors que ma mère m’avait grondé, et ce sous la surveillance et la complicité du capitaine; j’avais neuf ans! Dans la froidure hivernale, ses glaces ont souvent emprisonné mon bateau pendant de longs jours, découpant dans le ciel d’un beau bleu les montagnes de la Gaspésie ou de Charlevoix. .. .

Puis plus tard, vers la vingtaine, quand j’ai compris que le reste de ma vie serait lié à la mer, à toutes les mers, c’est lui qui d’abord m’a pris comme dans une bouteille et m’a lancé sur les océans. Eux, ils m’ont retenu dans le remous d’aventures qui ont peuplé ma vie, parfois de grand calme, parfois secouée par le mauvais temps.

Ces gens du pays, de celui de ses rives qui m’ont insufflé cet air salin, qui ont dessiné dans mon cœur les chemins qui m’attendaient, ces pères, ces frères et amis qui m’avaient précédé sur la mer, ceux-là m’ont fait voir le St-Laurent comme étant éternel.

Elle serait grande ma peine si un jour, à cause de la folie des hommes, sa beauté et la vie qui l’habite devraient se ternir et le blesser à mort. Ce serait ma fin du monde, car un monde serait passé sans qu’on ait tout fait pour le protéger. Plus rien ne serait pareil, car la mort aurait passé.

Par Aimé Charest ex-R/O

Marine Marchande