Tout va bien

Publié le 28 février 2017

Le nouveau projet Chaleur Terminals impliquera le passage ici de 220 wagons de brut albertain chaque jour, certains parlant même de 240 wagons.

©Photo TC Media - Ghyslain Bergeron

Je lisais récemment un article concernant l’UMQ (L’Union des municipalités du Québec) qui organise en mars prochain un deuxième sommet sur les changements climatiques. Son ex-présidente Suzanne Roy aujourd’hui responsable du dossier des changements climatiques nous rappelle, dans cet article, que l’objectif du prochain sommet est de chercher des engagements municipaux réellement tournés vers l’avenir.

Madame Roy croit dur comme fer que les municipalités doivent être au cœur de la lutte contre les changements climatiques. Elle mentionne que le chantier des changements climatiques doit être appréhendé globalement par les municipalités. Qu’il ne s’agit pas seulement d’environnement, mais aussi d’économie, d’aménagement du territoire et de communication avec les citoyens. J’ajouterais pour ma part qu’il s’agit avant tout de sécurité et de santé. Pour finir, Madame Roy mentionne que les municipalités n’ont plus le choix de placer l’enjeu climatique au centre de leurs décisions. Cette prise de position m’a laissé perplexe. Est-ce que, à l’instar de l’UMQ, nos élus municipaux de la ville de Rimouski placent la lutte aux changements climatiques en priorité lorsqu’ils prennent chacune de leur décision?

Comme l’a si bien exprimé Suzanne Roy, la communication avec les citoyens devrait être au centre du chantier de la lutte aux réchauffements climatiques. Or, depuis deux ans maintenant, les élus municipaux de la ville de Rimouski refusent d’organiser une consultation publique et d’ouvrir un débat sur un projet industriel qui, non seulement, va à l’encontre de tous les efforts de l’humanité pour lutter contre les changements climatiques, mais qui, aussi, place les citoyens de notre ville dans une situation ou leur sécurité, leur santé et leur prospérité économique sont clairement menacées. Je veux parler ici du projet de transport ferroviaire de la compagnie Chaleur Terminals qui permettra de faire circuler chaque jour deux convois de 110 wagons, chargés de pétrole brut et de produits chimiques, devant nos garderies, nos écoles, notre cégep, nos commerces, nos maisons, notre hôpital, notre marché public, notre fleuve, notre université, etc.

Je pourrais passer pour un écologiste extrémiste radical, empêcheur de développement, si ledit projet était structurant pour notre communauté et qu’il nous apportait collectivement richesse et prospérité. Mais là, ce n’est vraiment pas le cas. Ce projet n’est pas un projet d’avenir. En réalité, nous faisons face à une situation aux répercussions possiblement catastrophiques sur le plan environnemental, climatique, sécuritaire et économique. La liste des conséquences négatives de ce projet sur notre communauté est tout simplement trop longue. Ainsi, je ne parlerai pas des répercussions économiques de ce projet sur l’activité touristique. Je ne soulignerai pas la perte d’attractivité de notre ville avec un train hautement explosif qui la traverse de bord en bord. J’éviterai de parler de l’impact sur la valeur foncière des habitations situées dans ce que l’on nomme la zone d’explosion en cas de déraillement. Je ne parlerai pas, non plus, de l’incidence négative sur la valeur de revente de ces habitations et de la probable augmentation de leur contrat d’assurance. J’éviterai, à tout prix, de parler de l’impact que causera le passage journalier de ce train pétrolier sur le bien-être de nos enfants quand ils sortiront prendre l’air au service de garde du Bic ou de Saint-Robert ou de tout autre établissement scolaire situé le long de la voie ferrée. Je ne parlerai pas de la détérioration de la qualité de l’air lors des 14 passages\semaine de ce train pétrolier et du fait qu’il libère en continu des émanations toxiques. J’éviterai de parler de la tragédie du Lac-Mégantic et de la déréglementation fédérale concernant le transport ferroviaire de matière dangereuse. Je ne mentionnerai pas que le projet Chaleurs Terminals n’apportera aucun avantage financier à la ville de Rimouski. Je ne parlerai pas, non plus, que la mise aux normes des services d’incendie municipaux pour faire face à une éventuelle catastrophe se fera avec l’argent des contribuables rimouskois. Je ne parlerai pas du rapport du BST (bureau de la sécurité des transports du Canada) sur la dernière catastrophe ferroviaire survenue à Cogoma, en Ontario, impliquant un train pétrolier (comme celui qui traversera notre ville) qui a déraillé à une vitesse inférieure à la limite autorisée et qui a explosé et brûlé pendant cinq jours. J’éviterai de parler de l’état de la voie de chemin de fer sachant qu’une partie du remblai qui soutient ladite voie a fini éparpillé par les grandes marées en décembre dernier dans le secteur du Rocher Blanc. J’omettrai de parler de l’impact de ce projet sur l’expansion des champs bitumineux et des conséquences de cette activité d’extraction pétrolière (la plus polluante au monde) sur notre capacité à pouvoir nous adapter à un environnement dont le climat se dégrade de jour en jour. Je ne m’inquiéterai pas de la montée des eaux et de l’érosion des berges dans le Bas-Saint-Laurent qui menacent directement nos infrastructures ferroviaires. Et, pour finir, je ne commenterai pas la décision du gouvernement provincial de refuser aux citoyens de Rimouski une étude environnementale (BAPE) sur un projet industriel destructeur.

La seule chose que je ferai, par contre, c’est ceci. J’inviterai les élu.e.s municipaux de la ville de Rimouski, pour la quatrième fois en l’espace de deux ans, à faire honneur au concept de démocratie en organisant le plus rapidement possible une vaste consultation publique à l’échelle municipale sur le dossier Chaleur Terminals. Après deux ans de refus, il est plus que temps qu’un vrai débat public s’ouvre et que la population de Rimouski puisse être correctement informée et consultée sur cet enjeu qui menace directement la sécurité et la santé publique. Ce n’est pas acceptable, démocratiquement, que le projet Chaleur Terminals puisse être imposé aux citoyens de Rimouski sans avoir, au préalable, fait l’objet d’un débat public digne de ce nom et d’une étude environnementale rigoureuse et indépendante.

Jérôme Motard

Citoyen et père de Famille.