« L’entente de libre-échange avec l’Europe : une bonne occasion de parler de nos régions »

Par le Sénateur Éric Forest

Publié le 30 mars 2017

L'ex-maire de Rimouski et sénateur, Éric Forest.

©Photo TC Media – Archives

Éric Forest représente la division sénatoriale du Golfe, au Québec. Il siège au Comité sénatorial des pêches et des océans, au Comité sénatorial des finances nationales et au Comité sénatorial sur la modernisation du Sénat.  

Le libre-échange est décrié — du moins d’après ce qu’en disent presque toutes les manchettes depuis quelques mois.

Toutefois, le projet d’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (aussi appelé l’Accord économique et commercial global ou AECG) étant actuellement à l’étude au Sénat, l’occasion est idéale pour remédier aux lacunes des politiques commerciales antérieures et aux menaces que celles-ci ont fait peser sur la prospérité de nos régions.

Je travaille dans le domaine du développement régional depuis les années 1970, particulièrement celui de l’Est-du-Québec, tant dans le domaine public que privé. J’ai ensuite eu le privilège d’occuper les fonctions de maire de Rimouski, de 2005 jusqu’à ma nomination au Sénat en novembre dernier.

Ayant été nommé à la Chambre haute en tant que sénateur indépendant, j’espère que ma contribution saura aider à réhabiliter notre institution parlementaire, à la moderniser et à la remettre au diapason des réalités de la société canadienne d’aujourd’hui. Ce que les Pères de la Confédération qualifiaient de « second regard objectif » concernait, en grande partie, la représentation des régions, des minorités et des groupes sous-représentés.

Le Sénat est le dernier obstacle à franchir avant la mise en œuvre de l’AECG. La Chambre haute a à la fois l’obligation de tenir compte des intérêts régionaux et l’occasion d’améliorer le projet de loi.

La plupart conviendront que le libre-échange est une bonne chose dans son ensemble. Les avantages pour les consommateurs et les entreprises sont indéniables. Une réduction des tarifs sur la grande majorité des biens ouvrira de fabuleuses opportunités pour nos entreprises exportatrices.

La diversification de nos débouchés commerciaux avec l’Europe est chose prudente et nécessaire, particulièrement dans le contexte où notre voisin du sud — chez qui nous exportons près de 70 % de tous les biens et services canadiens — redéfinit ses politiques commerciales.

Mais il ne suffit pas de déclarer qu’un accord de libre-échange a été conclu et ensuite laisser le marché s’occuper du reste. L’accord est une première étape. La deuxième étape consiste pour le gouvernement à déterminer comment mettre l’entente en œuvre et définir les ajustements qui devront être apportés pour en tirer le meilleur parti — entre autres, pour des questions de fiscalité et de réglementation ainsi que d’accords d’indemnisation et de stratégies de soutien à l’exportation.

Voici où, selon moi, la perspective régionale devrait primer.

L’industrie laitière québécoise s’inquiète à juste titre des 16 000 tonnes additionnelles de fromage fin européen qui entreront sur le marché canadien une fois l’accord mis en œuvre. Aujourd’hui, le Québec produit plus de la moitié de tous les fromages fins canadiens. Ces 16 000 tonnes représentent près du tiers du marché actuel des fromages fins au Canada.

Qu’adviendra-t-il des fermes laitières, qui sont plus de 5 000 et qui génèrent quelque 83 000 emplois au Québec? Plus de 5 000 de ces emplois se trouvent dans ma région, le Bas‑Saint‑Laurent.

Certes, nous savons qu’il y aura un programme d’indemnisation. Mais quand entrera-t-il en vigueur? On ne le sait toujours pas. Et les montants proposés compenseront ils les pertes de l’industrie? Certains analystes croient que non.

Cette question nous renvoie à un enjeu beaucoup plus important — les régions du Canada se vident de leurs jeunes. L’un des plus grands défis auxquels est confrontée la société du XXIe siècle est la gestion démographique. De plus en plus, les jeunes familles choisissent où elles travailleront et vivront. Sans surprise, beaucoup migrent vers les grandes villes, où les perspectives d’emploi sont plus vastes.

C’est pourquoi le Parlement doit examiner plus sérieusement la question de la prospérité à long terme de nos régions. Nous ne pouvons continuer à développer des politiques qui ne s’adressent qu’à nos grandes villes. Il n’y a pas que les données comme le PIB ou la balance commerciale qui comptent. Quand les communautés font face à des difficultés, les gens le savent.

Nous devons étudier les perspectives comme celles-là pour l’avenir de nos régions.

En bref, je voterai pour le projet de loi C-30 — mais il est certain que nous examinerons minutieusement cette entente afin de l’améliorer dans l’intérêt de tous les Canadiens, incluant ceux qui vivent hors des grands centres urbains.