Des plantes qui poussent sur des aquariums au Cégep de Rimouski

Adeline Mantyk adeline.mantyk@tc.tc
Publié le 19 octobre 2016

Michel Ouellet et Jean-François Pinault. Les cultures de basilic poussent dans des billes d'argile au-dessus de la cuve des poissons, alimentées par les engrais émanant des poissons.

©TC Media - Adeline Mantyk

PROJET. Au Cégep de Rimouski, dans les douches désaffectées de l’ancienne piscine, se cache une expérience porteuse d’avenir, dans deux petites cuves accueillant des plantes et des poissons.

Jérôme Bossé, un des trois professeurs s'occupant du projet SLAquaponie, au-dessus de la cuve des cultures en radeau. Les semis sont placés dans des petits pots, les racines plongées dans l'eau.
Photo TC Media - Adeline Mantyk

Le projet SLAquaponie est porté par des élèves du programme Sciences, Lettres et Arts (SLA) et trois professeurs, Jean-François Pinault et Michel Ouellet, professeurs de chimie et Jérôme Bossé, professeur de géographie. Le principe est simple : on fait pousser des plantes, nourries par les déjections des poissons qui se trouvent dans un aquarium en-dessous. Les plantes filtrent à leur tour l’eau des poissons. « C’est un système autosuffisant, sans engrais, sans pesticides, en économisant l’eau. On rajoute seulement l’eau qui s’évapore et qui est absorbée par les plantes, à hauteur de 3 % seulement », explique Michel Ouellet, responsable du programme SLA.

Le projet est constamment surveillé à l’aide de sondes, de thermomètres, dans une petite salle à côté de la pièce contenant les cuves. : « Nous mesurons les taux d’ammoniaque, les nitrites, les nitrates dans l’environnement. L’ammoniaque créée par les poissons est transformée, par des bactéries, en nitrite, puis en nitrate, qui est absorbé par les plantes », explique M. Ouellet.

Le projet a porté ses fruits, puisque la fine équipe est parvenue, entre autres, à faire pousser du basilic, une première pousse de laitue. « Nous comptons essayer toutes sortes de cultures, comme les tomates, poivrons, fraises », ajoute l'enseignant.

Une étudiante du programme SLA, Olivia Beaulieu, précise que par la suite, les étudiants plancheront sur une manière de transporter ces aquariums dans les écoles, pour montrer aux élèves comment faire. « Nous voulons aussi placer de petits aquariums un peu partout dans le Cégep, où se trouvent des puits de lumière, pour montrer les bienfaits du projet à tous », d’ajouter M. Ouellet, qui a beaucoup d’idée pour développer le projet : « On souhaiterait, éventuellement, développer ces cultures à plus grande échelle dans la piscine désaffectée du Cégep, rendre l’endroit attractif pour y faire venir du monde, y installer un petit café, qui sait… »

Michel Ouellet, professeur de chimie et responsable du programme Sciences, Lettres et Art

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Les 30 tilapias sont dans une cuve sous celle contenant les billes d'argile et permettant au basilic de pousser.
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Consommer les poissons

Les 30 poissons utilisés sont des tilapias : « Avec ce système, on peut faire pousser fruits, légumes, herbes, laitues, plantes, et en même temps consommer les poissons. Pour le moment nous sommes en expérimentation. Si nous voulons élever en bonne et due forme les poissons, nous aurons besoin d’une accréditation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec », précise M. Ouellet.

« On sait que les activités piscicoles laissent une grande empreinte écologique dans la nature, notamment parce qu’il faut changer l’eau régulièrement. Ici ça n’est pas le cas », précise M. Bossé.

Une solution d’avenir

SLAquaponie est né de la volonté des 12 étudiants du programme de faire une activité environnementale : « On a déjà la mise en place du compost avec les résidus de la cafétéria au Cégep. Nous souhaitons, en partenariat avec la Coop étudiante, faire pousser ces cultures pour leur fournir, dans la mesure du possible, des denrées, dans une démarche axée sur l’écologie et la réduction des empreintes écologiques », poursuite M. Ouellet.

Il s’agit de faire pousser des cultures de façon écologique, comme alternative à l’agriculture traditionnelle pour répondre aussi aux défis des changements climatiques, tels que la raréfaction de l’eau : « Même si c’est un peu moins le cas au Québec, dans d’autres régions du monde, en Californie par exemple, avoir de l’eau de qualité est un réel enjeu », précise M. Bossé. « L’aquaponie est une solution d’avenir, plus « verte » que l’hydroponie, sans poissons, où il faut changer l’eau toutes les semaines et où les engrais finissent par s’épuiser », ajoute M. Pinault.

Un projet de 50 000 $

Pour étendre le projet et le rendre accessible au grand public, les étudiants auront besoin, notamment, de filtres, pompes, billes d’argile, d’éclairage, de deux cuves de 4 500 litres. « Nous voulons agrandir le projet, dans un premier temps, à l’ensemble du vestiaire désaffecté, le parfait endroit pour ça », indique M. Ouellet. Pour cela, 50 000 $ seront nécessaires, qu’ils espèrent obtenir par le biais du Fonds communautaire Aviva, une plateforme qui permet aux finalistes de remporter la somme désirée, par l’entremise de votes du public. « La compétition est ouverte jusqu’au 28 octobre, les gens peuvent voter pour noter projet et nous saurons le 6 novembre si nous allons être sélectionnés pour la finale. »