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16 février 2017

Adeline Mantyk - amantyk@lexismedia.ca

Un Rimouskois raconte sa sortie de la rue et de l’emprise de la drogue

©Photo TC Media - Adeline Mantyk

ESPOIR. Alexandre, 35 ans, Rimouskois d’adoption, souffre de psychose toxique et sera un des livres vivants présentés mardi 21 février à la bibliothèque Lisette-Morin dans le cadre de l’événement « À livres ouverts ». Il espère que son message transmettra de l’espoir à ceux qui souffrent de problèmes de consommation et de santé mentale.

Alexandre racontera, lors de l’événement organisé par Santé mentale Québec Bas-Saint-Laurent, comment ses expériences de vie l’ont conduit sur plusieurs chemins, dont celui de la rue. Il a accepté de se confier à TC Media pour en livrer un aperçu. « Après avoir perdu ma mère, à 12 ans, je suis resté chez mon frère. J’ai commencé à prendre de la marijuana, occasionnellement avec des amis, c’était le « fun », les fins de semaine. Ensuite c’était la semaine, le jour, plusieurs fois par jour. J’ai commencé à entendre un peu de voix, je ne savais pas ce que c’était ni si c’était vrai. Ça a pris du temps avant que je me rende compte que c’était faux. C’était des voix dénigrantes, tout ce qu’il y a de plus négatif », confie-t-il.

À 16 ans, Alexandre est allé voir un psychiatre : « Il m’a donné un peu de médicaments, ça ne marchait pas. Je suis finalement parti en appartement à 17 ans, je commençais à être dur à suivre un peu. » Il a ensuite été hospitalisé deux mois, une expérience qui s’est soldée par un échec : « Je suis sorti pire que j’y étais entré. Je suis parti enragé, avec le goût de prendre encore plus de drogues. J’ai été dans la rue quelques mois, à Montréal. Tout a basculé, j’ai pris toutes sortes de cochonneries, du crack, tout ce que je pouvais trouver. Des travailleuses de rue m’ont aidé, m’ont approché et m’ont dit d’aller à l’hôpital, où ils m’ont donné de bons médicaments. Je suis sorti, j’ai consommé encore un peu après. »

Après avoir passé du temps en hébergement, Alexandre est retourné en appartement, un déclic qui a fait en sorte qu’il s’est retrouvé sur une pente ascendante de sa vie : « Je n’avais pas vu mon père depuis deux ans, il était content de me voir. J’avais une copine et des amis qui ne consommaient pas de drogue. Mon petit chat m’a beaucoup aidé, j’ai pris soin d’elle, ça venait avec des responsabilités. »

Pas de drogue depuis 16 ans

Cela fait 16 ans qu’Alexandre a arrêté toutes les drogues : « Quand je suis allé voir ma psychiatre en lui disant que j’avais arrêté de consommer, elle m’a dit : vous venez de régler 95 % de vos problèmes. Je suis resté avec des conséquences de ma consommation, des sensations de toucher, j’entends des voix, toujours dénigrantes, dans des bruits, bruits de porte, n’importe quoi d’ambiant, dans un moteur. J’en ai pas mal moins que quand j’étais dans la rue. »

Alexandre affirme qu’il n’a pas encore trouvé la réponse à la question : pourquoi avoir consommé des drogues ? « Il y a tellement de raisons, je cherche encore. Je cherche tellement qu’on m’a dit d’arrêter de chercher. Ça vient peut-être de la disparition de ma mère. J’ai vécu des difficultés à l’école aussi, au secondaire, on m’a intimidé. Je suis quelqu’un de non violent, je n’ai jamais frappé ceux qui m’écœuraient. J’étais comme prisonnier de moi-même, je n’ai rien dit à personne. J’ai tout gardé ça pour moi, j’étais assez introverti. »

Il a espoir que son témoignage soit un message d’espoir : « Je veux montrer que si moi j’ai arrêté de consommer, d’autres peuvent y arriver, avant qu’il ne soit trop tard. Ça a réglé une partie de mes problèmes, mais aujourd’hui, je dois vivre avec les conséquences de tout ça »

Alexandre n’a pas d’emploi pour le moment, mais travaille sur sa musique. « C’est difficile pour moi de travailler 40 heures. Je joue à la guitare avec des amis. J’essaie de ne rien m’empêcher de faire à cause des voix. Je ne m’empêche pas de sortir. »

Alexandre a travaillé cinq ans dans le cadre du programme de réinsertion socioprofessionnelle de SMQ BSL, un programme qui offre aux gens une aide pour reprendre une routine de vie. Il poursuit ses visites à la maison lors d’activités et du groupe des entendeurs de voix.

Une bibliothèque vivante

Le but de l’activité «  À livres ouverts » est de donner accès à l’expérience de plusieurs personnes à tous les intéressés : « C’est une première expérience de bibliothèque vivante pour nous. Les neuf personnes partagent leur vécu comme neuf livres ouverts. Chaque mini-entretien peut durer jusqu’à 15-30 minutes, selon la volonté des participants. Il y aura un kiosque à l’entrée et notre équipe sera sur place pour répondre à toutes les questions », explique Annie-Claude Bélanger, responsable du projet et intervenante sociale à Santé mentale Québec (SMQ) Bas-Saint-Laurent, qui propose cette activité panquébécoise en collaboration avec l’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP).

L’objectif de l’activité ? Lutter contre la stigmatisation en santé mentale. « Le fait de rencontrer ces « livres » en tête-à-tête, en intimité, permet un rapprochement et prise de conscience de la vie que peuvent vivre ces personnes, sans voir d’abord la maladie, mais en ayant accès à leur passé, leur présent et leur futur », poursuit l’intervenante.

« Les participants vivent différents problèmes de santé mentale : dépression, trouble alimentaire, entendent des voix, il y aura aussi une proche d’une personne vivant avec un problème de santé mentale au quotidien », précise Mme Bélanger.

Les livres pourront être consultés de 13 h à 16 h 30 puis de 18 h à 20 h.

Santé mentale Québec Bas-Saint-Laurent, qui compte près de 200 membres, possède un centre de jour, un milieu de vie où tout le monde est accueilli, à Rimouski. Divers ateliers, groupes de parole, activités y sont organisés en lien avec les problèmes de santé mentale. Mme Bélanger explique qu’une quinzaine de personnes en moyenne fréquentent la maison.

 

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