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13 mars 2019

Alexandre D'Astous - adastous@lexismedia.ca

Demande de soutien auprès du Collège des médecins pour interdire les forages d’hydrocarbures au Québec

Collège des médecins du Québec

A/S Dr Mauril Gaudreault, Président

Bureau 3500
1250, boulevard René-Lévesque Ouest
Montréal (Québec)
H3B 0G2

Bonjour Dr Gaudreault,

 

Nous avons pris connaissance de l’article paru dans le journal La Presse dans lequel vous exprimiez votre souhait de « renverser les perceptions et faire en sorte que les médecins et la profession médicale retrouvent l'estime du public ». Vous avez déclaré : « la santé, ce n'est pas juste entre le patient et son médecin. Ça englobe l'éducation, la lutte contre la pauvreté, l'environnement.  Il ne faut pas avoir peur de se prononcer, ce que selon moi, dans le passé, le Collège a eu peur de faire à certaines occasions.  » Vous mentionniez également : « Si le gouvernement prend une décision qui va à l'encontre de la santé publique, par exemple, le Collège devrait avoir le courage de le dénoncer haut et fort. »

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Comme vous le savez, Dr Gaudreault, le gouvernement provincial nouvellement élu laisse également la porte ouverte au développement de l’exploitation pétrolière et gazière sur notre territoire. Or, les ressources d’hydrocarbures du Québec sont, pour la plupart, non conventionnelles et que pour exploiter ces dernières, l’industrie doit utiliser des techniques comme la fracturation qui sont encore plus dommageables pour la santé et l’environnement. À ce titre, la compagnie Pieridae Energy a annoncé en juin 2017 son intention d’utiliser la fracturation hydraulique sur ses puits Bourque #1 et #3 de Gaspé en 2019. Cette annonce s’inscrit dans un contexte où la fracturation hydraulique n’obtient pas l’acceptabilité sociale, principe démocratique incontournable pour aller de l’avant selon le gouvernement. Les conclusions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur les gaz de schistes en 2014 et tous les sondages qui ont été menés depuis quatre ans auprès de la population sont très clairs à ce sujet. Il n’y a aucune acceptabilité sociale pour la fracturation hydraulique au Québec.

 

Malgré cette forte opposition, les citoyens et les municipalités risquent de se faire imposer cette technique chimique et à hauts risques alors qu’ils n’en veulent pas. Il est important de mentionner que les derniers règlements appuyant l’entrée en vigueur de la Loi sur les hydrocarbures permettent l’utilisation des procédés comme la fracturation hydraulique, la fracturation à l’acide ou la stimulation des puits à l’acide. La Loi 106 qui a été adoptée, nous vous rappelons, sous le bâillon en décembre 2016 en dépit d’une opposition quasi unanime de l’ensemble de la société civile, des partis d’opposition, des Premières Nations et du monde municipal. Les derniers amendements apportés au Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), confirment la préséance des pétrolières sur les municipalités en matière d'eau potable.

 

Nous attirons aussi votre attention sur les conséquences sanitaires de la fracturation, concernant la gestion des boues toxiques et possiblement radioactives issues du forage, la possible contamination des nappes phréatiques, l’activité sismique, l’abandon des puits et la dégradation de la qualité de l’air. Au moment où nous devrions appliquer le principe de précaution comme de nombreux pays l’ont fait avant nous, notre gouvernement laisse la porte ouverte à ces dangereuses techniques non-conventionnelles.

 

La situation est donc extrêmement préoccupante. D’autant plus que nous sommes en crise climatique et environnementale et que nous n’avons pas besoin de mettre à risque nos ressources en eau.

 

Nous pensons donc que le Collège des médecins du Québec a un rôle majeur à jouer  dans ce dossier. Votre poids politique dans la société est très grand. Plus de 15 000 scientifiques du monde ont lancé un cri d’alarme face à l’urgence climatique et que le récent Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a rajouté à cette urgence en concluant que nous devons réduire les émissions mondiales de CO2 de moitié d’ici 2030 si nous voulons limiter le réchauffement planétaire à 1,5C et éviter des impacts climatiques catastrophiques. Selon Lancet, ce rapport « a montré que même une petite augmentation de la température moyenne à la surface de la Terre donnerait lieu à une augmentation considérable de la morbidité et de la mortalité attribuables à des maladies associées à la chaleur ».

 

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a d’ailleurs annoncé sans détour que « nous sommes en train de tuer notre planète  ». L'Association canadienne des médecins pour l'environnement (ACME), l'Association médicale canadienne (AMC), l'Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), l'Association canadienne de santé publique (ACSP) et le Réseau pour la santé publique urbain (UPHN) ont récemment demandé aux partis fédéraux de « reconnaître que les changements climatiques constituent le plus grand défi de santé publique du XXIe siècle et de faire des solutions climatiques une priorité aux élections fédérales de 2019 ».

 

Nous vous invitons également à consulter le rapport PDF ci-joint, commandé en 2015 par le gouvernement du Québec et réalisé avec l’appui de l’Institut national de santé publique du Québec, sur les coûts et les conséquences sanitaires du réchauffement climatique pour notre société. Dans ce contexte, il est particulièrement troublant de savoir que notre gouvernement, en toute connaissance des risques, va de l’avant avec l’exploitation pétrolière et gazière.

 

Pour toutes ces raisons, comme l’ont fait courageusement vos collègues du Nouveau-Brunswick qui se sont opposés à la fracturation hydraulique et dans l’optique de contribuer à ce que le Collège des médecins du Québec retrouve l’estime du public, nous vous invitons Dr Gaudreault, à demander au gouvernement du Québec de mettre fin au projet d’exploiter les hydrocarbures québécois et, par conséquent, d’abroger la Loi sur les hydrocarbures et les autres outils légaux qui en découlent. Ceci implique aussi de révoquer toute autorisation, permis ou bail applicable à l’exploration et à la production d’énergie fossile au Québec. Il y a déjà eu un précédent : la Loi limitant les activités pétrolières et gazières en 2011 a permis d’interdire l’activité pétrolière et gazière dans une partie du Saint-Laurent et de révoquer tous les droits sans aucune indemnité de la part de l’État. Pour finir, nous vous demandons de soutenir la position de l’Association Canadienne des médecins pour l’environnement qui recommande d’interdire tous les projets de fracturation sur l’ensemble du pays.

 

Concluons en soulignant le fait que « la fracturation hydraulique à grand volume est interdite dans l’État de New York et celui du Vermont, tandis que les provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve et Labrador sont présentement sous un moratoire. Le 23 novembre 2017, l’Île-du-Prince- Édouard a déposé un projet de loi visant à interdire la fracturation hydraulique tandis que de l’autre côté de l’Atlantique, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Écosse, les Pays-Bas et la Bulgarie sont parmi les pays européens à avoir interdit ou suspendu la fracturation hydraulique ».

 

Signataires

 

Dr Éric Notebaert, président de l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement, section Québec (ACME)

Céline Lachapelle, Action Environnement Basses-Laurentides (AEBL)

Hélène Crevier, Alerte Pétrole Rive-Sud

André Bélisle, Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique (AQLPA)

Germaine Roy, Coalition citoyenne Beauce -Etchemin

Matthew Chapman, Coalition climat Montréal

Audrey Yank, Coalition vigilance oléoducs

Annabelle T.Palardy, Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l'environnement maskoutain. (CCCPEM)

Johanne Barbeau, Comité Vigilance Hydrocarbures L’Épiphanie

Marielle Boisjoly, Comité vigilance Hydrocarbure Lanoraie

Guy Boudreau, Comité Vigilance Hydrocarbures Lavaltrie

Thérèse Jean, Comité Vigilance Hydrocarbures de la MRC des Chenaux

Christian Jacques, Comité Vigilance Hydrocarbures Repentigny

Geneviève Richard, Fondation Coule Pas Chez Nous

Alice-Anne Simard, Eau Secours

Stéphane Brousseau, Enjeux Énergies et Environnement

Éric Ferland, Foire ÉCOSPHÈRE

Pascal Bergeron, Environnement Vert Plus

Patrick Bonin, Greenpeace

Michel Jetté, GroupMobilisation

Louise Morand, L’Assomption en transition

France Guimond, L’EAUbinière

Zoé Dumais, La Planète s’invite au Parlement

Dominic Champagne, Le Pacte pour la Transition

Claude Vallières, Les Amis de la Chicot de Saint-Cuthbert

Irène Dupuis, Lotbinière en transition

Joyce Renaud, Mobilisation climat Trois-Rivières

Gisèle Comtois, Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC)

Denise Laprise, Montmagny en transition

Carole Dupuis, Mouvement écocitoyen UNEplanète

Martin Poirier, Stéphane Poirier NON à une marée noire dans la Saint-Laurent

Esther Auger, Les Pétroliques anonymes

Patricia Posadas et Benoit St-Hilaire, Prospérité Sans Pétrole

Odette Sarrazin, Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec (RVHQ)

Marc Ferland,  Saint-Antoine-de-Tilly/Milieu de vie

Alain Branchaud, Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec)

Hélène Boily, Transition Capitale-Nationale

 

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