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21 septembre 2020

Serge Dionne - sdionne@lexismedia.ca

COVID-19 : des mesures sanitaires qui s’expliquent

TROIS MÉDECINS SE PRONONCENT

Masque, COVID-19, coronavirus

©Photo Archives

Selon des études observationnelles citées par l’interniste Guillaume St-Pierre, le port du couvre-visage a permis de diminuer le nombre de cas positifs à la COVID-19 dans certains États américains.

Alors qu’à l’international on condamne l’exécution d’un jeune lutteur en Iran, au Québec des manifestations contre le port du masque ont lieu au nom de la « liberté ». Pendant ce temps, une pandémie historique frappe la planète et a déjà fauché la vie d’environ 960 000 personnes. La deuxième vague est commencée, selon le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda. Certains croient toujours au complot, d’autres pensent qu’il s’agit encore d’une « petite grippe ». Trois experts du domaine de la santé se prononcent.

Guillaume St-Pierre est interniste. Au début de la pandémie, en mars, le natif de Saint-Anaclet-de-Lessard travaillait à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. 

« Au plus fort de la crise, on avait régulièrement autour de 8 à 9 patients aux soins intensifs. C’est réel, ça existe. On en a vu des patients, dit-il. La situation qu’on vit mondialement est inédite. On fait affaire avec un virus qu’on ne connaît pas. On apprend en même temps que le public à le connaître. Les gens aimeraient ça avoir des réponses claires et rapides pour savoir à quoi s’en tenir, mais on ne le sait pas. » 

Selon lui, le port du couvre-visage a sa raison d’être. « La majorité de la transmission se fait via les gouttelettes. À moins de porter le masque en dessous du menton, on diminue tout de même la quantité de gouttelettes qui vont se retrouver dans l’air », précise Dr St-Pierre. 

« On a maintenant des études observationnelles qui démontrent que c’est efficace d’imposer le masque dans les milieux publics fermés. Aux États-Unis, dans les États où on l’a imposé à tout le monde, on a vu en cinq jours une diminution du nombre de cas positifs. Dans les États où l’on a seulement imposé le port du masque chez certains travailleurs alors que les clients continuaient de ne pas le porter, il n’y a eu aucun changement. Ce n’est pas un débat politique, c’est de la santé publique. » 

Une petite grippe? 

L’interniste estime que la COVID-19 n’est pas juste une petite grippe. « Si c’était juste une petite grippe, on n’aurait pas eu autant de décès. Les données de l’INSPQ (l'Institut national de santé publique du Québec) montrent qu’il y a eu un pic de mortalité à partir de fin mars - début avril jusqu’à la fin mai - début juin. Il y a plus de mortalités que dans les 10 dernières années. » 

Dr St-Pierre cite une récente étude qui met en lumière les conséquences possibles de la COVID-19. « On a pris des gens asymptomatiques ou très peu symptomatiques et en moyenne 30 jours après le diagnostic on leur a fait passer une résonnance magnétique cardiaque. Environ 70 % d’entre eux avaient des anomalies cardiaques. On ne sait pas ce que ça veut dire, mais ce n’est pas normal d’avoir des cicatrices au cœur. Est-ce que ça va mettre ces gens à risque d’avoir des problèmes cardiaques plus tard, c’est fort possible. » 

À titre comparatif, il ajoute que moins de 1 % des personnes qui contractent l’influenza vont avoir des complications cardiaques. 

Ariane Lemieux, quant à elle, est cardiologue depuis 10 ans à l’Hôtel-Dieu de Lévis. La semaine dernière, l’hôpital comptait six patients hospitalisés, dont un aux soins intensifs, en raison de la COVID-19. Elle abonde dans le même sens que le Dr St-Pierre concernant l’efficacité du port de masque et les dangers du virus. 

« On ne peut pas dire que c’est une grippe, car la grippe est un virus à part. La COVID est un autre virus. On en fait un plat à cause de la contamination rapide de différentes personnes et pour ne pas embourber le système de santé. Les personnes plus fragiles vont être plus malades et vont avoir besoin de soins hospitaliers. Ce n’est pas en soi avoir peur de la COVID, mais de la rapidité de propagation et de ne pas être capable d’offrir les soins aux citoyens si trop de gens sont contaminés en même temps. » 

Dre Lemieux a personnellement vu des patients atteints de la maladie et peut témoigner de l’attention, du temps et de l’énergie consacrés à la pandémie dans le réseau de la santé. 

« On parle de changements des horaires, de réorganisation des soins, de réaménagement de l’étage COVID, on fait des réunions pour ça. Oui, on accorde un peu trop (d’importance) à cette maladie-là, mais je comprends qu’il ne faut pas contaminer nos populations fragiles qui peuvent en mourir. Est-ce qu’ils mourraient en attrapant la grippe? Oui, il y a aussi beaucoup de personnes âgées qui décèdent de la grippe chaque hiver, mais on a un vaccin alors beaucoup sont protégées aussi. » 

Anthony Grenier, de son côté, est un médecin résident. Il sera bientôt médecin de famille. Il œuvre au GMF-U de la Haute-Ville, à Québec. Il prône lui aussi la prudence face au virus. 

« Sachant que c’est très contagieux, on ne peut pas assumer de façon générale que c’est juste une grippe. C’est une façon égoïste de voir la chose, surtout si on veut protéger la collectivité, les gens qui nous entourent, nos enfants et nos personnes âgées. On veut éviter des gens intubés ou malades qui vont demander beaucoup au système de santé, qui vont avoir des conséquences sur leur santé ou qui vont en décéder. »

Selon Dr Grenier, toutes les agences de santé publique sur la planète sont sur la même longueur d’onde. « Les recommandations par rapport à la COVID sont unanimes. Autant la santé publique québécoise, canadienne et mondiale. Souvent, les médecins qui sortent du consensus scientifique se basent sur des expériences personnelles et non sur la médecine. C’est un jeu dangereux de mêler ses opinions et ses croyances à un traitement d’une maladie qu’on connaît mal. » 

Une affirmation corroborée par Guillaume St-Pierre. « Il y a 23 000 médecins au Québec et il y en a 2, 3 ou 4 qui font des déclarations à l’encontre du consensus scientifique. Avant de faire des déclarations comme médecin, faut faire une recherche diligente. » 

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