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13 octobre 2021

Charles Lepage - clepage@lexismedia.ca

Huissier, un travail loin d’être routinier

PORTRAIT

En 37 ans de pratique, Pierre Blier s’est parfois retrouvé dans des situations difficiles où il a dû faire appel à son jugement et aux services de policiers.

©Photo Gracieuseté

En 37 ans de pratique, Pierre Blier s’est parfois retrouvé dans des situations difficiles où il a dû faire appel à son jugement et aux services de policiers.

Originaire de Matane, l’huissier Pierre Blier réside à Rimouski depuis 1983. Il a d’abord travaillé dans la réserve des Forces armées canadiennes. Alors qu’il était propriétaire de l’Agence de sécurité du Bas-Saint-Laurent à Matane, monsieur Blier travaillait comme agent de sécurité pour Eugène Belzile, huissier. À cette époque, il était déjà fasciné par cette profession qu’il trouvait passionnante.

Ce métier commande une formation collégiale de trois ans en techniques juridiques, suivie d’un stage de six mois à un an. À cela s’ajoutent des périodes de formation, de trois semaines à un mois, dispensées par la Chambre des huissiers de justice du Québec, suivi de l’examen final de cet ordre professionnel. Curieux et intéressé par ce travail, Pierre Blier posait beaucoup de questions à son mentor. Il a ainsi fait un stage dans ce métier avant d’être reçu huissier en 1984.

Le travail de l’huissier de justice se passe différemment en région comparativement à celui des grands centres comme Montréal ou Québec. « Les cas majeurs à traiter sont de l’ordre de trois cas par mois ici, comparativement à une dizaine par mois dans les grandes villes. Cependant, les autres situations d’interventions sont souvent les mêmes comme les loyers insalubres de ramasseurs d’ordures qui vivent dans un 4 ½, qui ramènent ça chez eux, qui n’ont plus de place à bouger et voilà que se développent les odeurs, les mouches… parfois, c’est dégueulasse, il faut entrer là-dedans avec du Vicks pour masquer l’odeur. Ce sont des situations malheureuses », dit-il.

« Les faillites, certaines séparations ou divorces houleux, les non-paiements, les causes de la Régie du logement ou du tribunal de la jeunesse, la santé mentale, les petites créances et les expropriations sont d’autres situations lors desquelles nous devons intervenir fréquemment. »

Conciliateur, conseiller, diplomate, bon psychologue : voilà quelques-unes des qualités requises pour exercer cette profession. En 37 ans de pratique, Pierre Blier s’est parfois retrouvé dans des situations difficiles où il a dû faire appel à son jugement et aux services de policiers. « Il y a des missions plus pénibles que d’autres », raconte-t-il.

« Nous on ne va pas porter des chèques de Loto-Québec! On n’intervient pas toujours lors de bonnes situations. Souvent, c’est dans un contexte qui ressemble à celui des policiers. Il faut sympathiser avec les gens et être à leur écoute. C’est important de connaître leurs parcours. Certains individus sont victimes de situations qui les ont amenés là. La COVID a rendu les choses difficiles pour d’autres… Dans ce métier, il n’y a jamais de journées typiquement pareilles. On ne sait jamais de quoi notre quotidien sera fait. Nous sommes là en tant qu’officiers de justice pour exécuter les décisions de la Cour. Des urgences, il y en a chaque jour et souvent nous sommes obligés de modifier notre horaire. »

Des situations saugrenues

Au cours de la dernière année, les problèmes de santé mentale ont meublé le paysage des interventions de cet officier de justice qui a parfois rencontré des situations déconcertantes. « Des gens qui ont été élus par Jésus-Christ, j’en ai eu une dizaine… des représentants de Sa Majesté la reine, j’en ai eu deux… des vampires… d’autres qui avaient découvert une génératrice qui pouvait propulser les gens et les amener sur la lune… j’ai rencontré le garde du corps de Donald Trump… La COVID et les drogues qui circulent y sont pour quelque chose », dit-il.

« Des situations plus périlleuses sont arrivées deux ou trois fois dans ma carrière. Par exemple, un jour, un homme m’a lancé une chaise. J’ai eu juste le temps de me pencher et celle-ci a complété sa course dans la porte. À une autre occasion, un homme a tenté de me frapper avec une bûche, et dans une autre circonstance, un individu a déchiré ma chemise. En d’autres temps, on est capable de calmer le jeu et de désamorcer la bombe. J’ai même dû me rendre par bateau au-dessus de l’épave de l’Empress of Ireland à deux reprises à la suite d’injonctions émises par la Cour à propos de bois de teck qui était volé par des plongeurs sur cette épave... »

Pierre Blier, ACEQ, cancer, Rimouski, Défi Vélo Plein Air.

©Photo Archives

À deux reprises, Pierre Blier a été le président d’honneur du Défi Vélo Plein Air au profit de l’Association du cancer de l’Est du Québec.

Engagement dans la communauté

Tout en exerçant ce métier stressant et exigeant, Pierre Blier n’a pas manqué de s’associer à certaines causes communautaires qui lui tenaient à cœur. Son ami René Michaud, aujourd’hui décédé participait de son vivant au Défi Vélo Plein Air au profit de l’Association du cancer de l’Est du Québec. Un jour, celui-ci l’a invité à œuvrer pour cette cause à laquelle il a finalement consacré de nombreuses heures et années de bénévolat. « Depuis, je fais ce défi en son honneur et je participe à mon 18e défi cette année. » À deux reprises, Pierre Blier en a été le président d’honneur.

Son désir de redonner à la communauté ne s’arrête pas là. Ses contacts et son entourage l’ont suivi lors du Challenge de montagne Vélo Plein Air présenté par la Maison Marie-Élisabeth et lors de la campagne du Biscuit Sourire des restaurants Tim Hortons.

La profession d’huissier de justice n’est pas faite pour tout le monde. « J’ai eu la chance comme Obélix de tomber dans la potion magique. Je ne crains pas de dire que je suis né pour être huissier, une profession pour laquelle j’ai reçu trois prix. J’ai pu accéder au poste de vice-président de mon ordre professionnel. »

Doucement, Pierre Blier place les cartes pour une éventuelle relève de l’Étude Pierre Blier Huissier de justice inc., une retraite qu’il n’envisage pas avant trois ou quatre années.

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